Prise de parole des femmes managers :  la méthode compte

Prise de parole des femmes managers : la méthode compte

Elle a passé trois heures à préparer son intervention en Comex. Dossier solide, chiffres vérifiés, slides épurées. Dès la première question, elle a senti quelque chose basculer. Elle a sur-justifié. Elle a ajouté une précaution. Puis une autre. Elle est sortie de la salle avec l’impression d’avoir perdu ce que son dossier avait construit.

Ce n’est pas un manque de compétence. C’est un manque d’espace et personne ne lui a appris à le prendre.

Le double lien que les femmes connaissent bien

 

Quand une femme prend la parole en contexte professionnel, elle navigue dans une contrainte que les hommes n’ont généralement pas à gérer : être trop assertive la rend « agressive », être trop douce la rend « peu crédible ». Ce double lien n’est pas une invention, il est documenté, mesuré, vécu.

Les formations classiques de prise de parole en public ne traitent pas cette réalité. Elles enseignent des techniques, posture, voix, structure, sans jamais aborder ce qui se joue vraiment pour une femme qui prend la parole dans un Comex masculin, face à des investisseurs, ou sur scène lors d’une conférence.

Résultat : des participantes qui savent ce qu’elles « devraient » faire mais qui restent bloquées dans les mêmes schémas dès que la pression monte. Les techniques n’ont pas suffi parce qu’elles n’attaquaient pas le bon problème.

Ce que la prise de parole des dirigeantes a de spécifique

 

Les enjeux sont plus élevés. En Comex, en négociation, face aux médias, l’erreur est visible. La pression n’est pas la même qu’en atelier de formation.

Les situations ne ressemblent à rien dans les exercices génériques. Reprendre la parole après une interruption sans passer pour agressive. Répondre à une question piège d’un journaliste sans que son message soit déformé. Pitcher devant un board en anglais en gardant la même autorité naturelle. Ces situations s’apprennent en les simulant, pas en faisant des exercices de respiration.

Le temps est une contrainte réelle. Des demi-journées en présentiel à Paris, ça ne rentre pas dans l’agenda d’une dirigeante qui gère des déplacements, une équipe et des dossiers en parallèle. Les formats doivent s’adapter.

Les freins sont souvent plus profonds que techniques. Le syndrome de l’imposteur, la peur d’être trop visible, la crainte que ses qualités soient perçues comme de l’arrogance, ces blocages ne se règlent pas avec un exercice de respiration. Ils se travaillent autrement.

Ce qui change vraiment dans un accompagnement adapté

 

On part de vos situations réelles. Pas d’exemples génériques. Votre prochain Comex, votre intervention en conférence, votre pitch investisseur. On simule, on filme, on décortique, on recommence.

On travaille le message avant la forme. Beaucoup de dirigeantes ont un problème de structure avant d’avoir un problème de voix. Ce qu’elles veulent dire en dix minutes, elles le diront mieux en cinq, si la ligne directrice est claire. C’est le premier travail.

On traite les freins, pas seulement les symptômes. Le « je sur-justifie » cache souvent « je ne me sens pas légitime ici ». Le « je baisse la voix » cache parfois « j’ai appris que prendre de la place était mal perçu ». Identifier d’où vient le blocage est la condition pour que la technique fonctionne.

On mesure les progrès. Vidéos avant/après, simulations enregistrées, grilles d’évaluation. Vous repartez avec des preuves de votre progression, utilisables pour valoriser l’investissement auprès de votre DG ou de vos RH.

Pour les femmes indépendantes aussi

 

La prise de parole est un enjeu commercial direct quand on est consultante, coach, formatrice ou prestataire de services. Pitcher son offre, tenir une salle lors d’une conférence, être interviewée dans un podcast, tout cela se prépare. Et le rapport à la légitimité y est souvent encore plus présent que dans les grandes organisations, parce qu’il n’y a pas de titre ou de logo pour étayer la crédibilité. Il n’y a que vous et comment vous prenez la parole.

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Je rends remarquables les prises de parole des chercheuses, managers et dirigeantes.

Christine Besneux.
Consultante et formatrice.
Prise de parole & communication.

Christine Besneux

Préparer son audition MCF : tout savoir sur la prise de parole

Préparer son audition MCF : tout savoir sur la prise de parole

Vous connaissez votre sujet mieux que quiconque dans cette salle. Vous avez travaillé votre dossier pendant des mois. Le jury a lu votre HDR, vos publications, vos projets pédagogiques.

Et pourtant, vous n’êtes pas sûre d’avoir convaincu. Pas sur le fond. Sur vous.

Voilà ce que beaucoup de candidates à un poste de maîtresse de conférences ou de professeure des universités m’expriment après une première audition. Le problème n’est pas l’expertise. Le problème, c’est que l’audition est une performance orale, et personne ne vous a jamais appris à vous y préparer.

Ce que le jury regarde et qui n’est pas dans votre dossier

 

Un comité de sélection lit votre dossier avant que vous entriez dans la pièce. Quand vous vous asseyez face à eux, il ne s’agit plus de prouver que vous êtes compétente. Il s’agit de leur donner envie de travailler avec vous.

Ce qu’ils évaluent en vous regardant parler : votre capacité à structurer un message sous pression, à tenir le temps imparti sans précipiter, à répondre aux questions sans vous déstabiliser, à occuper l’espace sans vous excuser d’être là.

Ces compétences ne sont pas innées. Elles s’acquièrent.

Les erreurs les plus fréquentes en audition MCF

 

Lire ses notes. La lecture est perçue comme un manque de maîtrise du sujet, même quand ce n’est pas le cas. Le jury a besoin de vous entendre parler à eux, pas de voir que vous pouvez lire un texte.

Surcharger la présentation. Dix slides pour dix minutes, c’est trop. Les données, les tableaux, les acronymes, tout ce qui oblige le jury à décoder pendant que vous parlez leur coûte de l’attention. Votre idée principale se noie.

Sur-justifier. « Je ne suis pas sûre, mais… », « Ce n’est qu’une hypothèse… », « Vous connaissez mieux que moi… » Ces formules signalent de l’insécurité, pas de la modestie. Elles fragilisent votre posture au moment où vous avez le plus besoin de crédibilité.

Ne pas préparer les questions. La séquence questions-réponses est souvent la partie la plus déterminante de l’audition. C’est là que se jouent la solidité et l’adaptabilité. Ne pas l’avoir répétée, c’est laisser le résultat au hasard.

Ce que vous devez travailler concrètement

 

La ligne directrice. Votre exposé doit tenir autour d’une idée centrale, pas d’une liste de travaux. Quelle est la question que vous portez ? En quoi votre trajectoire y répond ? Le jury doit pouvoir le reformuler en une phrase après que vous avez parlé.

La structure du temps. Dix minutes se décomposent. Deux minutes d’introduction qui accroche, six minutes de développement en trois temps, deux minutes de conclusion qui ouvre. Chaque minute doit être répétée à voix haute, pas seulement lue.

La voix et le corps. Une voix qui tremble n’est pas un défaut, c’est un signal de stress qui se régule avec des techniques simples. La posture en retrait, les bras croisés, le regard qui fuit les jurés, tout cela se corrige. Pas en un jour, mais avec de la répétition.

Les questions anticipées. Listez les dix questions les plus déstabilisantes qu’un jury pourrait vous poser. Entraînez-vous à y répondre à voix haute, seule, puis face à quelqu’un. C’est cet entraînement-là qui crée la mémoire musculaire.

Les dynamiques de genre dans les concours académiques

 

Ce n’est pas un détail. Dans les disciplines à faible mixité, les femmes candidates font face à des biais,  souvent inconscients, qui touchent précisément à la prise de parole. Une assurance perçue comme de l’arrogance. Une hésitation interprétée comme un manque de maîtrise là où elle serait lue comme de la prudence chez un collègue masculin.

Se préparer à l’audition MCF, c’est aussi se préparer à naviguer dans cet espace-là avec ses propres codes, pas en adoptant des postures qui ne sont pas les siennes.

Pourquoi travailler avec quelqu’un qui connaît l’ESR

 

Un coach généraliste vous donnera des techniques de prise de parole. Ce dont vous avez besoin en audition MCF, c’est de quelqu’un qui connaît le format réglementaire, qui comprend les enjeux du CNU, qui sait ce qu’un comité de sélection attend et comment il évalue.

J’ai travaillé six ans dans la communication de l’enseignement supérieur et de la recherche, à Centrale Nantes. J’ai accompagné des enseignantes-chercheuses dans la préparation de leurs auditions, leurs soutenances, leurs présentations en colloque et leurs prises de parole en instances de gouvernance.

Ce que je propose n’est pas un stage de prise de parole générique. C’est un accompagnement construit autour de votre situation spécifique et de la réalité de l’ESR.

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Christine Besneux. Coach & formatrice en prise de parole. Experte en communication.

Christine Besneux

Manterrupting : quand les hommes captent 75 % du temps de parole

Manterrupting : quand les hommes captent 75 % du temps de parole

Vous êtes en réunion. Vous avez préparé. Vous maîtrisez votre sujet. Vous prenez la parole. Et là : coupée. Vous reprenez. Recoupée. Cinq minutes plus tard, votre idée est reformulée par un collègue, sous des hochements de tête approbateurs. Bienvenue dans le monde merveilleux du manterrupting. Si vous pensiez que c’était votre imagination, la recherche est formelle : ce n’est pas dans votre tête.

Manterrupting : de quoi parle-t-on exactement ?

 

Le terme n’est pas très élégant, reconnaissons-le. Il fusionne man (homme) et interrupting (interruption). C’est la journaliste américaine Jessica Bennett qui l’a popularisé en 2015 dans le magazine Time, même si le phénomène qu’il décrit est, lui, bien antérieur.

En 1975, une étude de Don Zimmerman et Candace West, de l’Université de Santa Barbara, démontre déjà que dans les conversations mixtes, les hommes sont responsables de 96 % des interruptions. Cinquante ans plus tard, le chiffre n’a pas fondamentalement bougé. Ce n’est pas une anecdote : c’est une structure.

En France, par ailleurs, le Haut Conseil à l’Egalité a identifié le manterrupting dans son rapport de 2019 comme l’une des manifestations du sexisme ordinaire en milieu professionnel. Ordinaire : c’est le mot clé. Le phénomène n’est pas spectaculaire, il ne se voit pas toujours, il ne se revendique pas. C’est précisément ce qui le rend aussi tenace.

Les chiffres qui expliquent beaucoup de choses

 

Les hommes capteraient 75 % du temps de parole dans les réunions mixtes, et un homme interrompt 23 % de fois plus une femme qu’un autre collègue masculin. Ces données méritent d’être mises en perspective. (source VOXDEMETER)

Ce qui est particulièrement frappant, en effet, ce n’est pas tant le chiffre brut (75 %) que ce qu’il révèle sur la dynamique de groupe. Dans une réunion de dix personnes où cinq sont des femmes, celles-ci occupent en moyenne 25 % du temps d’expression. Pas parce qu’elles ont moins à dire. Pas parce qu’elles sont moins préparées. C’est parce que l’espace conversationnel est structurellement inégal, et que cette inégalité est si normalisée qu’elle en devient invisible.

L’exemple politique illustre le phénomène de façon saisissante.

Lors du premier débat présidentiel américain entre Hillary Clinton et Donald Trump en 2016, ce dernier a coupé la parole à sa rivale à 70 reprises (hormis le fait que c’est un goujat, nous sommes d’accord). Soixante-dix fois. Les commentateurs, pourtant, ont surtout parlé du fond du débat. C’est dire à quel point le manterrupting passe sous les radars, même lorsqu’il est massif.

Pourquoi c’est un problème pour toute l’organisation

 

On pourrait être tentée de classer le manterrupting dans la catégorie des irritants relationnels, quelque chose d’agaçant mais sans conséquences réelles. Ce serait, cependant, une erreur d’analyse.

Laisser les « chouraveurs d’élocution » agir impunément, c’est prendre le risque de se priver d’idées intéressantes et de voir des idées déformées, voire erronées, retenues au seul motif qu’elles ont été amenées par un interlocuteur plus bavard et plus bruyant (et équipé d’un trois pièces cuisine).  Autrement dit, le manterrupting est un problème de qualité décisionnelle. Quand certaines voix sont systématiquement étouffées, les décisions qui en découlent sont moins éclairées. C’est mathématique.

Il existe aussi un effet moins visible, mais tout aussi coûteux : l’autocensure progressive. Une femme interrompue plusieurs fois de suite lors d’une même réunion va spontanément réduire ses prises de parole suivantes. Non par manque d’idées, mais par économie d’énergie et protection du moral. À terme, c’est toute une expertise qui disparaît des radars, sans que personne dans la salle n’ait véritablement décidé de l’exclure.

Ce que vous pouvez faire, concrètement, dès demain

 

La bonne nouvelle, parce qu’il en faut une, c’est que le manterrupting n’est pas une fatalité. Il existe des techniques très concrètes pour reprendre sa place dans une conversation sans hausser le ton ni déclencher une guerre froide.

Tenir le fil.

 

Quand on vous coupe, ne disparaissez pas. Reprenez votre phrase exactement là où vous en étiez, d’une voix posée et ferme : « Comme je le disais… » ou « Pour terminer … ». Ce n’est pas de l’agressivité. C’est de la continuité, et elle est tout à fait légitime.

Nommer sans accuser.

 

« Je n’ai pas fini » est une phrase courte, neutre, efficace. Elle ne pointe personne du doigt. En revanche, elle pose clairement un cadre. Utilisée avec calme, elle est difficile à contester.

S’appuyer sur les alliés.

 

Dans toute salle de réunion, il existe des personnes, hommes ou femmes, qui remarquent et regrettent ces dynamiques. Les chercheurs appellent ça l' »amplification » : quelqu’un répète explicitement votre idée en vous en attribuant la paternité. « Comme Sophie l’a dit tout à l’heure… » C’est notamment une technique délibérément utilisée par des équipes de la Maison Blanche sous Obama, pour que les voix des femmes cessent de disparaître dans le flux conversationnel.

Prendre de la place avant même de parler.

 

La posture, le regard, le rythme de la voix : tout cela conditionne la façon dont votre parole sera reçue et respectée. En effet, une intervention préparée, ancrée, qui commence sur une note affirmée est beaucoup moins susceptible d’être interrompue qu’une prise de parole hésitante. Ce n’est pas une question de volume. C’est une question de présence.

Et du côté des managers et des organisations ?

 

Un exercice simple permet de prendre pleinement la mesure du manterrupting lors d’une réunion : nommer un observateur ou une observatrice qui comptera les coupures de parole et restituera les résultats chiffrés à la fin de l’échange. Cela paraît anecdotique. En pratique, pourtant, les résultats de cet exercice sont souvent un électrochoc. Les participants, y compris ceux qui interrompent le plus, sont généralement les premiers surpris.

Plus structurellement, certaines organisations ont instauré des règles simples : un temps de parole non « interruptible » par personne, une prise de notes des interventions avec attribution claire, un tour de parole formalisé sur les sujets stratégiques. Ce ne sont pas des contraintes. Ce sont, au contraire, des conditions pour que toutes les intelligences dans la pièce puissent s’exprimer pleinement.

Si vous occupez un rôle de manager ou de responsable de l’égalité professionnelle, vous disposez donc d’un levier réel. La mixité n’est pas qu’une question de composition d’équipe, c’est aussi, et surtout, une question de dynamiques de parole. Les deux vont ensemble.

Pour approfondir la question des dynamiques de genre en réunion, le programme EVE propose des ressources utiles sur ce sujet. Le rapport du Haut Conseil à l’Egalité de 2019 constitue également une référence solide pour les professionnels des RH et de l’égalité professionnelle.
Le manterrupting n’est pas une anecdote de bureau. C’est un révélateur de la façon dont on distribue, ou confisque, la parole. Et la parole, dans une organisation, c’est du pouvoir.

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Christine Besneux

Votre voix est déjà légitime

Votre voix est déjà légitime

Avant même d’ouvrir la bouche, quelque chose parle à votre place. Une petite voix intérieure, bien rodée, qui murmure : « Et si je n’étais pas à la hauteur ? » Cette voix, vous la connaissez. Elle surgit trois secondes avant de prendre la parole en réunion, devant un jury, en conférence. Le problème ? Ce n’est pas votre incompétence qui parle. C’est votre cerveau qui confond un enjeu professionnel avec une menace existentielle. Et cette nuance change tout.

Bonne nouvelle : votre voix est déjà légitime. C’est votre conviction qu’elle ne l’est pas qui pose problème. Et ça, ça se travaille.

Le sentiment d’illégitimité n’est pas réservé aux incompétents

Commençons par un chiffre qui devrait vous rassurer, ou au moins vous faire sourire : selon le Journal of Behavioral Science, 70 % de la population, quel que soit son genre ou sa catégorie socio-professionnelle, aurait éprouvé au moins une fois un sentiment d’imposture. Autrement dit, vous êtes en très bonne compagnie. Directeurs de recherche, chirurgiens, PDG, professeurs d’université : personne n’est épargné. Bpi France

Ce phénomène a été identifié en 1978 par deux psychologues américaines, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes. Elles remarquent alors quelque chose d’étrange : leurs patientes les plus brillantes, les plus diplômées, les plus reconnues sont aussi celles qui doutent le plus de leur légitimité. Comme si la compétence et le sentiment de compétence évoluaient sur deux rails parallèles qui ne se rejoignent jamais vraiment.

Ce qui est particulièrement intéressant, et peu dit, c’est que le syndrome de l’imposteur peut silencieusement redistribuer les cartes au sein d’une organisation : il freine la prise d’initiative, limite la visibilité de certains talents, et conduit à une forme d’autocensure dans les moments clés. La prise de parole, la candidature à un poste, le portage d’un projet : autant de situations où ce doute peut coûter très cher, pas seulement à l’individu, mais à toute une équipe. Qualisocial

Ce que votre cerveau fait sans vous demander votre avis

 

Voici ce qui se passe, concrètement, dans les secondes qui précèdent une prise de parole à enjeu.

Votre cerveau, et plus précisément votre amygdale, cette petite structure en forme d’amande nichée au cœur du système limbique, interprète la situation comme une menace. Pas une légère alerte. Une menace réelle. Il active alors le même protocole d’urgence que si vous croisiez un prédateur dans la savane : montée de cortisol, accélération cardiaque, gorge qui se serre, mains moites. Tout ça pour un exposé de dix minutes devant cinq collègues.

Le trac n’est donc pas un signe d’incompétence. C’est une réaction physiologique parfaitement normale, conçue par l’évolution pour vous protéger. Le problème, c’est qu’elle est légèrement inadaptée au contexte d’un comité de direction du XXIe siècle.

Ce que beaucoup ignorent : les meilleurs orateurs ne sont pas ceux qui n’ont pas peur. Ce sont ceux qui ont appris à faire avec. À transformer cette énergie nerveuse en présence, en attention, en ancrage. Le trac bien dosé affûte la concentration, c’est documenté. Ce qui sabote une prise de parole, ce n’est pas l’émotion : c’est la lutte contre l’émotion.

Légitimité et compétence : deux choses bien différentes

 

Voici quelque chose que j’observe très régulièrement dans mon travail d’accompagnement : les personnes qui doutent le plus de leur légitimité sont souvent les plus préparées. Elles ont relu leurs notes trois fois, anticipé les questions difficiles, travaillé leur structure. Pendant ce temps, ceux qui ne doutent de rien arrivent les mains dans les poches et improvisent, parfois brillamment, souvent beaucoup moins.

Le sentiment d’illégitimité est donc rarement corrélé au niveau réel de compétence. Il est davantage lié à ce que certains spécialistes décrivent comme une conviction persistante de tromper les autres, qui persiste malgré des preuves objectives de compétence et de réussite. Wikipedia

Autrement dit : vous pouvez avoir dix ans d’expérience, un doctorat, un bilan éloquent, et continuer à vous demander si vous méritez vraiment de prendre la parole sur ce sujet. Ce n’est pas de la fausse modestie. C’est un mécanisme psychologique bien réel, et il se nourrit de silence. Plus on se tait, plus il grandit.

Trois leviers concrets pour retrouver votre voix

 

Alors, que faire ? Pas de recette miracle ici, méfions-nous des promesses de transformation express en trois étapes. Mais quelques leviers font leurs preuves.

Nommer ce qui se passe.

Plutôt que de subir le trac comme une sentence, essayez de le recadrer. Des recherches en psychologie cognitive montrent que remplacer mentalement « je suis stressée » par « je suis dans un état d’activation intense » change réellement le signal chimique envoyé au cerveau. Ce n’est pas de l’autosuggestion bon marché, c’est du recadrage cognitif, et ça fonctionne.

Dissocier préparation et performance.

La préparation, c’est votre travail. La performance, c’est ce qui émerge dans l’instant. Trop souvent, on confond les deux : on pense que si on a bien préparé, ça doit forcément bien se passer. Et quand ça dérape légèrement, un blanc, une question déstabilisante, c’est vécu comme un effondrement de la légitimité. Apprendre à habiter l’imprévu, c’est précisément ce que travaillent les intervenants TEDx. Pas à être parfaits. À être présents.

Capitaliser sur vos preuves.

Tenez un carnet de vos prises de parole réussies. Une question bien traitée, un exposé qui a suscité des retours positifs, une réunion où vous avez tenu votre position. Ces preuves concrètes sont vos ancres. Le cerveau est naturellement câblé pour retenir les échecs et minimiser les succès : il faut l’aider à rééquilibrer la balance.

La voix, ça s’apprivoise

 

Ce que j’ai appris en accompagnant mes client·es à la prise de parole, des chercheur et chercheuses en début de carrière aux dirigeant·es chevronnées, c’est que la légitimité ne se décrète pas. Elle se construit, par petites touches, à force de s’exposer un peu plus chaque fois.

Cela commence souvent dans des espaces petits et sécurisés : une réunion d’équipe, un comité restreint, un entretien informel. Puis ça s’élargit. Progressivement. Pas à pas. Et un jour, on réalise qu’on a pris la parole en amphithéâtre devant deux cents personnes, et qu’on a survécu. Mieux : qu’on a été utile.

Votre voix n’a pas besoin d’être parfaite pour être légitime. Elle a besoin d’être là.

Pour aller plus loin sur les mécanismes du syndrome de l’imposteur et ses ressorts psychologiques, la revue In-Mind propose une synthèse scientifique accessible et très bien documentée. Et si vous souhaitez explorer comment la parole s’apprend dans un cadre professionnel, le site du programme EVE offre des ressources utiles sur les dynamiques de prise de parole en environnement mixte.

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Prise de parole et leadership féminin : osez faire entendre votre voix avec panache

Prise de parole et leadership féminin : osez faire entendre votre voix avec panache

Combien de fois avez-vous retenu une idée brillante en réunion, de peur qu’elle ne soit pas « assez mûre » ? Combien de fois avez-vous senti ce pic de stress monter au moment de prendre la parole devant un comité de direction majoritairement masculin ? La prise de parole n’est pas seulement un outil de communication ; c’est l’extension naturelle de votre leadership. Pourtant, pour beaucoup de femmes, l’exercice ressemble encore à une marche sur une corde raide, entre le désir d’être écoutée et la crainte d’être jugée.

 

Le syndrome de l’imposteur, ce passager clandestin de votre prise de parole

 

Commençons par ce petit murmure interne qui vous demande : « Es-tu vraiment légitime ? » Le syndrome de l’imposteur est un classique du leadership féminin. Il se manifeste souvent par un stress paralysant juste avant une intervention. On se prépare trois fois plus, on vérifie chaque chiffre, et pourtant, au moment de se lancer, la gorge se serre.

 

Même des figures comme Christine Lagarde ont dû composer avec ce sentiment. Lorsqu’elle est arrivée dans le monde codifié de la finance, elle a dû naviguer dans un univers dont elle ne maîtrisait pas tous les usages. Son secret ? Ne pas nier le stress, mais le transformer en une rigueur de préparation absolue. Elle a compris que la légitimité ne se demande pas, elle se prend par la qualité de l’intervention.

 

Pour vous, le premier pas est de réaliser que ce stress est un signe que vous sortez de votre zone de confort. C’est une réaction saine ! Pour le calmer, essayez la « posture de pouvoir » (Power Posing – cf le TED talk d’Amy Cuddy) : tenez-vous droite, les mains sur les hanches, pendant deux minutes avant d’entrer en scène. Cela fait chuter le cortisol (l’hormone du stress) et booste votre confiance. Rappelez-vous : si vous êtes dans cette salle, c’est que vous avez déjà prouvé votre valeur. Votre voix n’est que la confirmation de ce que vos résultats disent déjà.

 

L’authenticité comme bouclier : l’exemple d’Anne-Sophie Pic

 

Une erreur fréquente est de vouloir adopter un ton martial pour « faire chef ». C’est souvent le meilleur moyen de perdre sa crédibilité. Le leadership authentique, c’est l’audace d’être soi-même, comme le souligne la cheffe Anne-Sophie Pic. Dans un milieu longtemps dominé par les hommes, elle a su imposer sa vision avec une précision chirurgicale. Elle n’a pas cherché à crier plus fort, elle a cherché à cuisiner plus juste.

 

En prise de parole, l’authenticité crée un lien immédiat avec votre auditoire. Si vous êtes naturellement enthousiaste, ne bridez pas votre énergie. Si vous êtes plutôt analytique, utilisez ce calme comme une force. Le public sent quand une oratrice « joue un rôle ». À l’inverse, une dirigeante qui assume ses doutes tout en affirmant ses convictions dégage une puissance irrésistible.

 

Une anecdote : on raconte qu’une dirigeante, lors d’un discours formel, a vu son prompteur tomber en panne. Au lieu de paniquer, elle a dit : « Bon, mon écran vient de prendre sa retraite anticipée, alors parlons de cœur à cœur. » Elle a fini sans notes, et ce fut son discours le plus applaudi. Pourquoi ? Parce qu’elle a montré son humanité. L’authenticité est le meilleur remède contre le stress de la perfection.

 

Faire face au « bruit » : gérer les interruptions et le sexisme ordinaire

 

Passons aux réalités du terrain : le « manterruption » (être interrompue par un homme) ou le « bropropriation » (quand un collègue s’approprie votre idée). Comment réagir sans passer pour la « collègue agressive » ?

 

L’histoire de Cécile Duflot à l’Assemblée nationale en 2012 est restée célèbre. Accueillie par des sifflets sexistes à cause d’une robe à fleurs, elle a continué son discours avec un calme olympien, se concentrant sur le fond. C’est une leçon de leadership : ne donnez pas de pouvoir à ceux qui cherchent à vous déstabiliser.

 

Pour gérer les interruptions, utilisez des phrases fermes : « Je n’ai pas tout à fait terminé, je vous rends la parole dans un instant. » Ou encore : « Merci pour cet ajout, Jean, c’est exactement ce que je disais il y a deux minutes. » Marquez votre territoire verbal sans perdre votre bienveillance. Si le stress monte face à une remarque déplacée, prenez une inspiration profonde, souriez et répondez par les faits. Le leadership, c’est rester maître de son calme quand les autres perdent le leur. Votre prise de parole doit être un espace que vous contrôlez pleinement.

 

La méthode Lagarde : transformer le stress en une force tranquille

 

Ce qui frappe chez Christine Lagarde, c’est son assurance tranquille. Elle ne semble jamais bousculée. C’est le résultat d’une maîtrise parfaite de la structure de son discours. Pour une dirigeante, la clarté est la forme la plus élégante de l’autorité.

 

Pour réduire votre stress, structurez votre message autour de trois points clés. Le cerveau humain adore le chiffre trois. Si vous savez exactement où vous allez, votre voix sera plus stable. Une prise de parole réussie, c’est 80% de préparation et 20% de présence.

 

Une autre astuce de leader : maîtrisez vos silences. Les femmes ont parfois tendance à combler les vides par des mots de remplissage (« euh », « en fait »). Le silence, au contraire, impose le respect. Il montre que vous n’avez pas peur de l’attention. Après une phrase importante, faites une pause de deux secondes. Regardez votre auditoire. Laissez votre message infuser. C’est dans ces silences que se construit votre leadership. Pour approfondir ces techniques, je vous conseille de lire cet article sur les clés de la réussite des femmes leaders qui regorge de témoignages inspirants.

 

Techniques concrètes pour une prise de parole impactante

 

Pour finir, passons à la boîte à outils. Votre corps est votre premier instrument de leadership.

 

  1. La voix : travaillez votre résonance. Le stress fait monter la voix dans les aigus, ce qui peut être perçu comme un manque d’assurance. Imaginez que votre voix part de votre ventre. Parlez un peu plus lentement que d’habitude.
  2. Le regard : ne fuyez pas les yeux de vos interlocuteurs. Un regard soutenu montre que vous assumez votre propos. Si vous parlez à une grande assemblée, choisissez trois visages bienveillants dans la salle et adressez-vous à eux alternativement.
  3. Les mains : évitez de les cacher ou de triturer un stylo. Utilisez-les pour souligner vos propos. Des gestes ouverts traduisent une pensée structurée et une personnalité généreuse.

 

N’oubliez pas que la prise de parole est un muscle. Plus vous l’exercez, plus le stress diminue. Commencez par de petites interventions, puis montez en puissance. Et si vous voulez explorer davantage le lien entre confiance en soi et réussite, consultez ce guide sur le leadership au féminin et ses enjeux.

 

Votre voix est votre pouvoir

 

Ne laissez pas le stress ou les vieux codes vous réduire au silence. Votre prise de parole est l’acte fondateur de votre leadership. En étant préparée, authentique et ferme, vous n’inspirez pas seulement vos équipes, vous ouvrez la voie à toutes celles qui viendront après vous.

 

Alors, la prochaine fois que vous aurez cette petite boule au ventre avant de monter sur l’estrade, souriez. C’est le signe que vous êtes en train de grandir. Respirez, ancrez vos pieds au sol, et lancez-vous. Vous allez épater votre auditoire.

 

Chaque grande leader a commencé par un premier mot, parfois hésitant, mais toujours courageux. C’est à vous de jouer.

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Christine Besneux. Coach & formatrice en prise de parole. Experte en communication.

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