Quand on est enseignant·e-chercheur·e, l’exercice de la soutenance – qu’il s’agisse d’une thèse, d’une HDR ou d’un comité de sélection – est un moment d’une intensité rare. Vous avez passé des mois, voire des années, à décortiquer les moindres recoins de votre sujet, à affûter votre expertise. Votre travail est d’une rigueur scientifique irréprochable. Pourtant, au moment de la présentation finale, une question lancinante vous taraude : comment faire pour que ces cinq personnes assises en face de vous, expertes et parfois redoutables, comprennent à quel point votre sujet… compte ?

La vérité, c’est que la science seule ne suffit pas. Votre autorité ne s’exprime pas uniquement dans la bibliographie que vous maîtrisez, mais dans la manière dont vous transmettez l’étincelle qui a allumé votre recherche. Votre jury n’est pas là pour vérifier que vous avez bien fait votre travail. Il est là pour être convaincu que votre contribution mérite de changer la donne.

 

Le piège de l’expertise et la nécessité du « Pourquoi »

 

Le premier obstacle que rencontre le chercheur·euse est souvent sa propre expertise. À force d’être plongé dans les détails, vous oubliez parfois de remonter à la surface pour respirer et, surtout, pour expliquer pourquoi votre sujet est vital. Vous parlez de méthodologie, de résultats, de limites… mais vous omettez le plus important : le « Pourquoi ».

Votre jury, même s’il est composé d’éminents spécialistes, est humain. Il est sensible à l’impact, à la nouveauté, à la rupture. Si vous ne commencez pas par planter le décor et par expliquer clairement le problème que vous résolvez, vous les perdez dans le labyrinthe de vos données. C’est un peu comme si vous présentiez la recette d’un gâteau sans jamais mentionner qu’il s’agit du seul remède connu contre la tristesse du lundi matin !

Pour réussir sa présentation et asseoir son autorité sur le sujet, le chercheur·euse doit adopter une structure narrative simple et puissante, souvent résumée par l’acronyme ABT (And, But, Therefore) ou, plus simplement, par le triptyque :

  1. Le Contexte (And) : « Nous savons que X est vrai, et que Y est la conséquence… » (Le décor est planté, votre jury hoche la tête).
  2. Le Problème (But) : « Mais, malgré cela, nous n’avons pas réussi à résoudre Z… » (C’est là que vous créez la tension, l’enjeu. Le jury se redresse).
  3. La Solution/L’Impact (Therefore) : « Par conséquent, ma recherche propose une nouvelle approche qui permet de… » (C’est votre moment de gloire, la raison pour laquelle votre sujet compte).

En vous concentrant sur le « But » – le vide que vous comblez, la question que vous résolvez – vous passez d’un exposé technique à une démonstration de nécessité. C’est le fondement même de votre crédibilité en tant que chercheur·euse.

 

Quand la science rencontre le théâtre : l’art de l’incarnation

 

Convaincre que votre sujet compte, c’est aussi convaincre que vous êtes la seule personne capable de le porter. La présentation devant un jury est une performance. Non pas une comédie, mais une incarnation de votre passion.

Le chercheur·euse a souvent tendance à se cacher derrière l’objectivité de ses données. Erreur ! Votre jury veut voir l’humain derrière le chercheur. Il veut sentir la flamme qui vous a fait tenir les nuits de doutes. C’est là que le style amical et bienveillant, que vous cultivez dans votre communication, doit transparaître.

Dans le tome 2 de la BD « la thèse nuit gravement à la santé », on raconte l’histoire d’une docteure en biologie et de son collègue mexicain. Face au stress des manipulations en laboratoire – qui précèdent souvent les grandes présentations – ils avaient développé un rituel pour le moins… inattendu. Le collègue avait récupéré la patte d’un lièvre renversé sur la route et en avait fait un porte-bonheur. Leur rituel ? Se frotter les aisselles avec ce « truc dégueu » avant chaque manipulation importante pour se porter chance !

Bien sûr, je ne vous conseille pas de vous présenter devant votre jury avec une patte de lièvre sous le bras ! Mais cette histoire, tirée d’anecdotes sur la vie des doctorants, illustre parfaitement l’état de tension irrationnel qui peut précéder la présentation décisive.

 

Les trois clés pour transformer votre sujet en événement

 

Pour que votre sujet compte, il doit devenir un événement dans l’esprit de votre jury. Voici trois clés pour y parvenir, en renforçant votre autorité et votre communication :

 

1. La clarté du langage : évitez le jargon qui tue

 

Vous êtes un·e expert·e, mais vous devez parler comme un traducteur. Le jargon est une barrière, pas une preuve d’intelligence. Chaque fois que vous utilisez un terme technique, demandez-vous : « Est-ce que ma grand-mère pourrait comprendre l’idée principale ? » Si la réponse est non, trouvez une analogie, une image, une métaphore. C’est le signe d’un chercheur mature : la capacité à simplifier sans trahir la complexité.

Un enseignant-chercheur qui réussit à expliquer son sujet en termes simples montre qu’il en a une maîtrise totale, bien au-delà de la simple mémorisation. C’est une preuve d’autorité qui impressionnera n’importe quel jury.

 

2. Le regard et la posture : l’ancrage de l’autorité

 

Votre corps parle avant vos mots. Dans cet exercice de présentation devant le jury, votre posture est essentielle pour asseoir votre autorité. Tenez-vous droit, utilisez l’espace. Un pas en avant peut souligner un argument capital, tandis qu’une position stable ancre votre crédibilité sur le sujet.

Surtout, regardez votre jury. Ne lisez pas vos notes. Le contact visuel est l’outil le plus puissant pour la conviction. Il dit : « Je suis là, je crois en ce que je dis, et je vous invite à me suivre. » C’est un acte de conviction non verbal qui transforme l’atmosphère de la pièce.

 

3. L’Ouverture et la Vision : Projeter l’Avenir

 

Le jury ne juge pas seulement le travail accompli ; il juge le potentiel du chercheur. Votre sujet compte s’il ouvre des portes. La conclusion de votre présentation ne doit pas être un simple résumé, mais une projection.

Où va votre recherche ? Comment va-t-elle impacter la discipline, la société, le monde ? C’est le moment d’endosser votre costume de visionnaire. Parlez des collaborations futures, des applications inattendues, de la manière dont votre travail va servir de tremplin à d’autres. En montrant que votre sujet est un point de départ, et non un point final, vous démontrez qu’il a une importance qui dépasse largement le cadre de votre soutenance.

Pour vous aider à caractériser l’importance de votre sujet et à formuler clairement les contributions scientifiques visées, une lecture : le Petit guide de survie de l’enseignant-chercheur. Vous y trouverez des conseils précieux pour structurer votre pensée et votre discours.

 

De la recherche à la Conviction

 

Convaincre votre jury que votre sujet compte n’est pas une question de chance, mais de communication maîtrisée. C’est l’art de transformer la rigueur scientifique en récit captivant.

Vous avez la connaissance. Vous avez la passion. Il ne vous reste qu’à oser l’incarner. Laissez de côté la patte de lièvre et les superstitions. Armez-vous de clarté, d’une posture assurée, et surtout, de la conviction inébranlable que votre travail est essentiel. C’est en faisant preuve de cette autorité que le chercheur réussit à toucher non seulement l’esprit, mais aussi le cœur de son jury.

Et n’oubliez jamais : le sujet le plus important est celui que l’on raconte avec le plus de vérité.

Tout commence par un échange...

Christine Besneux

Je rends remarquables les prises de parole de celles et ceux qui veulent changer le monde.

Christine Besneux. Coach & formatrice en prise de parole. Experte en communication.